M. Night Shyamalan : « Mon film le plus difficile »

L'indien M. Night Shyamalan vient d'achever le premier volet de sa trilogie d'après le dessin animé Le Maitre de l'air. L'idée lui en a été soufflée par... ses filles. Photo : EPA
À la demande de ses filles, le réalisateur de Sixième sens change de genre. Avec Le dernier maître de l’air, il signe un conte pour enfants, qui cède aux sirènes de la 3D.
Entretien
« Dis papa, quand est-ce que tu fais un film pour nous ? » M. Night Shyamalan s’est laissé prendre aux sentiments. Finis pour un temps les Sixième sens, Incassable et autres Phénomènes. Son prochain long-métrage a été spécialement conçu à l’attention de ses petites chéries. Et pour être sûr de ne pas se rater, il s’est lancé dans l’adaptation d’une série animée dont elles raffolaient : « Avatar : le dernier maître de l’air, je ne connaissais pas. Intrigué par leur demande, j’ai regardé. Et comme elles, j’ai été accroché. »
Fallait-il qu’il les chérisse, ses gamines, pour se lançer dans « son film le plus difficile à produire et à réaliser. »
Avec moult effets spéciaux, pour traduire en images une histoire de fondation de l’univers, d’un autre temps, mettant aux prises quatre nations tribales maîtrisant chacune un des éléments, l’eau, l’air, le feu, la terre. « Le défi était impressionnant, mais en même temps j’étais content de sortir de l’univers du thriller dans lequel je travaillais jusque-là. Cette histoire a passionné les jeunes adolescents. Je voulais en faire un spectacle familial et universel. C’est une légende venue du fin fond de l’Asie. Je suis d’origine indienne et c’est une production hollywoodienne : je trouvais passionnant de procéder à ce mélange des cultures et des croyances. »
Pour faire vibrer à cette « épopée fantastique empreinte de spiritualité qui accorde une large place aux arts martiaux », il a eu la bonne fortune de pouvoir embaucher en tête d’affiche le jeune Dev Patel, tout juste sorti du triomphe planétaire de Slumdog Millionaire. Mais c’est surtout la traduction visuelle de ces aventures fantastiques qui a titillé l’imagination du metteur en scène.
Un énorme chantier technique qui, entre mise en place et finition, a requis près d’un an de travail après les prises de vue réelles au fin fond du Groënland : « Jusque-là, je n’avais sollicité qu’une partie de mon cerveau et de mon imaginaire, s’amuse-t-il. Rien à voir ici avec ce que j’ai conçu comme un opéra flamboyant. »
Bien sûr, il a été question d’un tournage en 3D. Mais à l’époque où la production a été mise en chantier, cette pratique n’avait pas encore fait totalement ses preuves. M. Night Shyamalan n’a pas voulu se risquer sur ce terrain inconnu : « Mais il y a eu un déclic quand j’ai vu ce que Tim Burton avait fait avec Alice au pays des merveilles. On peut retravailler les images ensuite pour y mettre de la 3D. Le résultat est étonnant. C’est une immersion totale dans un monde extraordinaire. »
La leçon a été retenue et le film sera finalement en 3D. Il y aura une suite à cette saga, qui a perdu son titre Avatar afin d’éviter toute confusion avec le film-monument de James Cameron.
Ce premier volet d’un projet conçu comme une trilogie annonce clairement deux épisodes à venir, qui seront tournés directement en 3D : « Je suis davantage en confiance après cette expérience. » Sans trahir l’esprit de la série originale, ces chapitres futurs seront « plus adultes » que le premier. Mais le cinéaste se donne le temps d’y replonger : « Pour l’heure, je suis en train d’écrire un nouveau thriller surnaturel. » Ca lui ressemble davantage.
[via] Pierre Fornerod, ouest-france.fr