Sorti du gouffre, le Caennais raconte
Les trois derniers spéléos, coincés depuis mercredi soir, dans le gouffre de Romy (Pyrénées-Atlantiques)sont enfin sortis, hier, à 11 h. Parmi eux, un Caennais, membre du club spéléo d’Hérouville-Saint-Clair.

Damien Butaeye.37 ans, hydrogéologue et photographe spécialisé en images souterraines. Reuters
Témoignage
17 h 40, hier, au téléphone. Il a dormi deux heures. De quoi reprendre des forces pour fêter son grand retour à la surface et raconter son aventure.
« C’était ma cinquième expédition dans ce site. Lundi, on était descendus à sept. Retour prévu jeudi, avant le réveillon. C’est mercredi, à 18 h, que ça s’est gâté. Avec Franck (Maciejak) et Gregories (Anasatasopoulos), à 700 m de profondeur, on n’a pas pu repasser le siphon car l’eau avait monté. C’est un passage un peu bas qu’on franchit allongé, en rampant. Là, injouable, sans doute à cause d’une remontée d’eau exceptionnelle, due à la pluie et à une fonte de neige.
Personne n’a paniqué. On a minuté le temps nécessaire pour que nos copains se rendent compte du problème, remontent et donnent l’alerte. On a imaginé des scénarios de sauvetage. On savait qu’on s’en prenait pour 40 heures d’attente, au moins.
On était bloqués sur une pente en glaise, à 50 %. Avec l’eau un mètre en-dessous. Dans le froid : 6 o.Grâce à nos couvertures de survie et à nos lampes à carbure – comme celles d’un mineur – ça grimpe à 11-12 o. On a aussitôt rationné la lumière et les provisions. Pas un festin : une fin de pique-nique. Du saucisson sec, du fromage, des barres énergétiques et un pain dur, crétois, que Gregories a rapporté de son pays.
Ça a duré 70 heures. C’est long, avec un seul contact oral avec nos amis, jeudi, à 4 h ; des phrases criées à travers la faille. On a mesuré le niveau de l’eau, à partir de repères. Jeudi, l’eau a monté de 1,50 m en une heure. Pas bon pour le moral! Mais jamais on n’a pensé qu’on pouvait être submergés, enfin on ne l’a pas dit. On avait quelques mètres de marge.
« Le 24, on a réveillonné d’une figue sèche »
Il a fallu déplacer notre abri dans cette boue glissante. Et essayer de garder des forces. Pas simple quand on a la tête baissée et les jambes repliées. Dans ces cas-là, on n’est pas très bavards. Si l’un s’assoupit, on respecte son sommeil.
Le 23, on a fêté les 31 ans de Gregories. Incroyable, il nous a sorti une tablette de chocolat ! Au lait et aux noisettes. Souvenir impérissable… (Rires). Le 24, on a réveillonné d’une figue sèche.
Et l’eau a baissé. Alors samedi, à 16 h, on s’y est risqués. Le siphon dans de l’eau à 4o, les pieds devant, le ventre et la bouche au plafond, passage en apnée. Au débouché, la mauvaise surprise: la salle noyée qu’il faut aussi traverser à la nage. C’est un coup à y rester. Mais l’énergie, on l’avait.
Après, terrain connu. Samedi à 20 h 30, on est « tombés » sur nos sauveteurs, ébahis. Ensemble, on a atteint le bivouac, à – 450 m. Merci à eux. Et vraiment désolés pour le dérangement. Nous ne sommes pas des imprudents, des inconscients. Avec des scientifiques, on étudie la circulation de l’eau et on essaie de trouver une issue qui permettrait de traverser tout le massif. Et cela, il y a que nous pour le faire. »
[ via l’article d’origine ]
Propos recueilli par Colette David, ouest-france.fr
publié, Lundi, le 28 Décembre 2009