La Banque de France accepte, jusqu’au 17 février, les cinq derniers billets échangeables. Après, ils n’auront plus qu’une faible valeur auprès des numismates. Quatre milliards de francs restent en circulation.C’est comme un rendez-vous de copains de classe. Dix ans après la séparation, on prend des nouvelles du franc. Quasiment perdu de vue. On a juste gardé quelques traces : deux, trois pièces dans une boîte en métal, quelques billets dans un bouquin…
La date d’anniversaire approche. Attention ! Après le 17 février, c’est-à-dire dix ans après la fin de la période de double circulation des francs et des euros, il ne sera plus possible d’échanger les coupures encore acceptées par la Banque de France.
C’est l’application d’une règle ancienne qui veut que les billets soient repris jusqu’à dix ans après la fin du cours légal. Les seuls billets encore échangeables sont donc les Pierre et Marie Curie (500 francs), les Gustave Eiffel (200), les Cézanne (100), les Saint-Exupéry (50) et les Debussy (20). Les autres billets n’ont plus de valeur légale.
Recette accidentelle
Ce qui ne les empêche pas de ressurgir dans les commerces qui ont proposé à leurs clients de faire des achats avec leurs derniers francs. À la Maison de la presse de Lorient, Anne-Laure Paulic a ainsi dû refuser des « billets encore d’avant ». À Tours, où l’union commerciale a incité une centaine de commerces à un court revival du franc, on a dû détromper une dame de Toulouse qui pensait avoir trouvé un « trésor » : une boîte à chaussures pleine de billets de 500 F. Elle était prête à venir passer un week-end de shopping à Tours, mais il s’agissait de Pascal qui n’ont plus cours.
Les commerçants de Tours ont tout de même fait une bonne affaire : 127 000 F récoltés en un mois et demi. « Les gens préfèrent aller en boutique que se rendre à la Banque de France où il faut montrer une pièce d’identité », estime Thierry Bureau, gérant du magasin de vêtements Oxbow. Chaque jour, il voit passer quatre, cinq billets de 200 F. Les casinos Barrière ont aussi voulu surfer sur la vague. Mais avec moins de succès : le premier week-end, le casino de Dinard n’a accueilli que trois joueurs porteurs de francs.
Attention aux faux billets
À la succursale de Rennes de la Banque de France, Gérard Hochet, responsable du service de la caisse, incite d’ailleurs à rester vigilant sur les faux billets. « Est-ce que les gens se souviennent des signes de sécurité ? » Mais il confirme que ces opérations commerciales sont parfaitement régulières, « à condition de n’obliger personne : seul l’euro a cours légal ». Lui qui a commencé sa carrière à Angers, en même temps que le Berlioz, un billet de 10 F, a repoussé son départ en retraite de quelques semaines pour ne pas louper ce final : « Le retour des derniers francs, c’est une étape importante, après deux cents ans de billets en francs ! »
Quatre milliards de francs en circulation
Seul point de retour pour le Morbihan et l’Ille-et-Vilaine, la Banque de France de Rennes ouvrira un deuxième guichet si besoin, les derniers jours. Mais, pour l’instant, il n’y a pas foule : une vingtaine de clients chaque jour. Nettement moins qu’en 2005, lors du retour des pièces. « On garde des pièces disséminées dans toute la maison, alors qu’on sait normalement où sont les billets ».
Il reste pourtant quatre milliards de francs en circulation. La Banque de France n’en attend qu’une petite partie. L’État a d’ailleurs inscrit 500 millions d’euros à son budget 2012 en tant que « recette accidentelle ». Toujours bon à prendre pour résorber la dette.
[via] Even Vallerie, ouest-france.fr