Le salon littéraire du mois
Si vous veniez causer bouquins à la maison ?

À Rennes, on discute sec autour des livres, des évolutions de la société. Photo: Joël Le Gall / Ouest-France
Dans son séjour, Alice Cotard a poussé les meubles pour accueillir le salon littéraire du mois. « J’adore préparer. Ce sont de belles rencontres ».
Infirmière à la retraite, elle participe aux « salons chez l’habitant » lancés à Rennes par Partages, association d’habitants et relais du bailleur social Aiguillon. Chaque mois, une rencontre est programmée autour d’un livre, choisi parmi une vingtaine proposés en début d’année par une animatrice littéraire. À chaque fois, un locataire différent reçoit. Le noyau dur compte une dizaine de lecteurs.
Si les causeries littéraires ont la cote dans les médiathèques, les cafés, une nouvelle tendance se développe : les salons littéraires à la maison, lointains petits cousins de ceux qui se tenaient dans les appartements cossus des intellectuels du XVIIe au XIXe siècle.
Armelle est une habituée du salon rennais. « C’est un rendez-vous très attendu, on parle du livre, de la vie d’aujourd’hui, des évolutions de la société. » Aujourd’hui, Black Bazar, d’Alain Mabanckou, est au coeur des débats. Les convives parlent Afrique, immigration, racisme… « On aborde chaque fois des thèmes différents, tristes, ou humoristiques. » Chacun lit les petites phrases qui l’ont marqué, pose des questions, prend des notes… En mai, l’écrivaine algérienne Malika Mokeddem sera accueillie. « Elle fait partie des auteurs sensationnels que j’ai découverts, se félicite Alice. C’est ça aussi l’intérêt : aller vers des auteurs que l’on ne lirait pas autrement ».
Salons d’amis à Morlaix
Des initiatives privées se font également jour, comme à Morlaix. Un groupe d’amis y a créé son salon, qui accueille des amis d’amis. « Partis à quatre, nous sommes neuf, dont beaucoup d’enseignantes, expose Julia Thatje, une participante.
Nous changeons chaque mois de domicile. Notre salon s’appelle ‘Causeries et lichouseries’ parce que nous préparons des plats en lien avec le livre. Pour La cavale du géomètre, du Finlandais Aarto Paasilinna, c’était des plats du Nord. C’est très convivial ». À tour de rôle, chacun propose un livre. « Nous argumentons, et nous ne sommes pas toujours d’accord ! »
Tout près, la Maison de la poésie de Plourin-les-Morlaix organise des lectures à domicile, à laquelle participent membres de cette association et amis. « Cela fait suite à la baisse de fréquentation des apéros littéraires de la Maison de la poésie, dit Hervé Mesdon, un des membres. Au lieu de faire venir les gens, pourquoi ne pas aller chez eux ? ».
Dans ces causeries, les femmes sont majoritaires. Héritage des siècles passés, où elles présidaient aux destinées des salons ?
[via] Agnès Le Morvan, Charlotte Le Mogne, Florence Pitard, ouest-france.fr