Le nuage de cendres fragilise une partie de l’économie
L’arrêt du trafic aérien, dû à l’éruption d’un volcan islandais, frappe le tourisme, mais aussi les fromages fins ou les fleurs coupées.

Dans une ferme de Naivasha, au Kenya, on jette les roses que l'on ne peut pas exporter, ni entreposer : les frigos sont pleins. AFP
Indéniablement, ce sont elles les plus ébranlées. Les compagnies aériennes, figées, depuis cinq jours, par l’épais nuage de cendres craché par Eyjafjöll. Pour elles, les conséquences pourraient être plus ravageuses que les événements du 11 septembre 2001, a dit, hier, l’Association internationale du transport aérien (Iata), qui réunit les 230 compagnies aériennes du monde.
Chaque jour, les pertes sont estimées à plus de 148 millions d’euros. Un gouffre pour un secteur qui sortait tout juste ¯ et parfois très affaibli ¯ des turbulences de la crise économique. Le secrétaire d’État au Tourisme réunit aujourd’hui les compagnies, mais aussi les tours opérateurs, violemment frappés aussi. L’Union européenne a dit, hier, qu’elle pourrait autoriser les États à venir en aide aux compagnies affectées.
Le fret aérien ne représente que 3 % du volume des marchandises transportées dans le monde, mais 35 % en valeur. Et là, ça tangue. Notamment dans les entreprises d’électricité et d’électronique françaises, qui exportent à 50 %. Les palaces de New York, Dubaï ou Macao doivent, pour leur part, se passer des fromages fins français. « Les plus pénalisées sont les entreprises françaises exportatrices de produits frais haut de gamme », explique le directeur marketing du marché de Rungis, David Bourgarel. Quid des ananas des Caraïbes, des mangues du Brésil ? « Au total, ces produits arrivant par avion ne représentent que 5 à 10 % de nos approvisionnements actuels. Par ailleurs, on est à une saison où les fruits et légumes arrivent désormais de France et d’Europe, par rail et camion. »
Des gagnants
Exposé, en revanche, le marché des fleurs coupées, qui circulent beaucoup par avion. Difficile, par exemple, pour Dominique Rossignol, grossiste à Nantes, de trouver des gypsophiles d’Équateur ou des roses du Kenya. Alors que là-bas, à Naivasha, les chambres froides des fermes horticoles sont « pleines à craquer… »
À défaut d’avion, on se rue sur le rail. Le trafic par le tunnel sous la Manche, entre la France et l’Angleterre, a été multiplié par deux la semaine dernière. Les actions d’Eurotunnel ont gagné 5 %, même si les retombées sur le bénéfice annuel resteront marginales.
Et, comme les compagnies maritimes, les autocaristes sont « sur le pont ». « On a mobilisé la quasi-totalité de nos moyens en hommes et en autocars pour transporter les voyageurs essentiellement du Sud et de l’Ouest vers Paris », explique Serge Montagne, à la Fédération nationale des transporteurs de voyageurs (80 % des autocaristes français). Tout bon pour le commerce ? Pas si sûr. « Il y a des plus et des moins. Car beaucoup de séminaires, de congrès, de voyages organisés ont été annulés… »
[via] Carine JANIN, ouest-france.fr
publié, le Mardi 20 Avril 2010