France – Le froid arrive, aura-t-on assez d’électricité ?
Centrales nucléaires en petite forme, augmentation de la consommation : avec la baisse attenduedes températures, le risque de coupure générale n’est pas nul. En première ligne, la Bretagne.

Assurée par les centrales nucléaires à plus de 80 %, la production d’électricité, en France, risque-t-elle de faire défaut cet hiver ? Selon RTE (Réseau de transport électrique), « la situation est nettement moins favorable que les années précédentes. Le risque de rupture d’approvisionnement est néanmoins modéré, sauf en cas de froid intense et durable ». Une semaine de températures inférieures de 7 °C aux normales saisonnières et c’est tout le réseau de distribution qui pourrait tomber en rideau.
Raisons de ces inquiétudes ? Trop de réacteurs à l’arrêt, en panne ou en révision (lire ci-dessous). La situation pourrait demeurer tendue jusqu’à la fin janvier. On s’attend aussi à un passage très difficile, au tout début 2010, avec une pointe de consommation estimée à 83 500 MW. Voire beaucoup plus en cas de grand froid. « Une baisse de 1 °C peut accroître la pointe de consommation d’environ 2 100 MW », soit l’équivalent d’un réacteur nucléaire et demi. Certes, les éoliennes montent en puissance, de nouvelles centrales thermiques sont raccordées. « Leur arrivée ne compense pas la baisse conjoncturelle de la production. »
Il va falloir importer
Le secours des barrages ? Non : eux aussi devraient fournir un peu moins de jus, compte tenu des prévisions d’apports hydrauliques à la baisse. Dans le sud Manche, le gouvernement vient même de décider d’araser deux ouvrages qui alimentent aujourd’hui 15 000 personnes.
Pour pallier ces déficiences, il va falloir acheter de l’électricité chez nos voisins européens. « Un comble ! », disent les écologistes, qui ne manquent pas de railler les limites de l’option nucléaire.
« Le niveau d’importation est estimé à 4 000 MW entre novembre et janvier », calcule RTE. En cas de froid intense, 9 000 MW seraient nécessaires. C’est la capacité maximum que peut absorber, en plus, le réseau national. Ces importations en provenance de centrales au charbon et le recours massif aux unités thermiques « vont alourdir, de manière significative, les émissions de CO2 », souligne l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) de Basse-Normandie.
Pour éviter le « black-out » et les soirées à la bougie, trois mesures sont envisagées : « Effacements volontaires de certains industriels ; baisse temporaire de la tension électrique qui réduit artificiellement la demande et, en dernier recours, mesures de délestage sélectives. » L’Ademe invite par ailleurs les élus locaux à mieux gérer leurs illuminations de Noël. « Elles représentent 10 % de la consommation annuelle de l’éclairage public. »
L’EPR n’apportera rien à la Bretagne
Deux régions sont particulièrement menacées : Provence-Alpes-Côte d’Azur et Bretagne. « Les Bretons ne produisent que 7 % de l’énergie qu’ils consomment alors que leur demande, comme celle des Vendéens, croît plus vite que la moyenne française », souligne Didier Bény, directeur RTE de la région Ouest, à Nantes. Dynamisme économique des PME-PMI et forte croissance démographique (25 000 habitants supplémentaires chaque année) expliquent cette forte demande d’énergie.
La mise en service de l’EPR de Flamanville réglera-t-elle ce déficit ? « Il n’apportera rien au réseau breton, dont les lignes sont déjà à saturation. » La solution ? « Renforcer les lignes, mettre en service une unité capable de gérer les heures de pointe et gérer plus finement encore le réseau avec l’apport des énergies renouvelables », précise Didier Bény. Par ailleurs, un programme expérimental, Ecowatt, vient d’être engagé. Il consiste à informer, en temps réel, des usagers témoins pour qu’ils réduisent leur consommation.
[ via l’article d’origine ]
ouest-france.fr
publié, le 10 Décembre 2009