L’argent fait-il le bonheur ?
Aujourd’hui, cette question n’intéresse plus seulement les philosophes. Elle interroge aussi économistes et politiques. La crise financière et environnementale a fait son oeuvre.

Photo : Charles Dutertre
« L’argent est nécessaire au bonheur, mais certainement pas suffisant.
Voici quelques années, j’ai eu une période très difficile sur le plan professionnel et personnel. Je me suis séparé de la personne avec qui je vivais et j’ai dû liquider mon entreprise. Par la force des choses, il a fallu que je me détache de certains biens matériels : la maison, les meubles, les objets de mon quotidien, etc. Au regard de ce que je vivais, je me suis rendu compte que tout ce bazar n’était pas essentiel. Côté travail, l’année qui a suivi fut excellente, même si je n’avais plus le confort matériel d’un bureau.
Aujourd’hui, j’espère gagner assez d’argent pour ne pas y penser comme à un souci. J’ai aussi l’ambition d’évoluer dans mon travail et de voir progresser mes revenus. Mais je suis un homme de l’économie réelle et je cautionne un profit responsable. Je n’admets pas, par exemple, qu’une entreprise puisse licencier 200 personnes parce qu’il faut accroître la rémunération de ses actionnaires ! Ce qui compte pour moi, c’est la façon dont on gagne de l’argent et dont on le dépense. »
Anne-Marie, 45 ans, chargéede mission
« Quand j’avais 20 ans, je pensais que l’argent avait peu d’importance. Issue d’une famille aisée, je n’en avais jamais manqué. J’en dépensais pas mal sans m’en rendre compte ! Tout en pensant que le bonheur se trouvait ailleurs, dans l’amour, la famille, l’épanouissement personnel.
C’est ce que je pense toujours aujourd’hui. L’essentiel d’une vie n’a pas de prix. Pourtant, je mets un bémol : avoir de l’argent me sécurise. Je veux en avoir suffisamment pour pouvoir financer les études de mes enfants ou pour prévenir les aléas de ma situation professionnelle, précaire… De plus, j’estime que s’offrir de temps en temps ce que l’on désire, un voyage, un vêtement ou un loisir, procure une grande satisfaction.
Lorsque j’ai rencontré mon mari, plutôt adepte d’un mode de vie décroissant, ce fut le choc des cultures. Aujourd’hui, nous sommes toujours différents. Lui pèse le moindre de ses achats et ses besoins sont très limités. Ce n’est pas mon cas et ces divergences ne facilitent pas la prise de décision commune.
Pourtant, si l’argent a plus d’importance pour moi que pour lui, nous partageons l’idée qu’il n’est pas le moteur de notre vie. »
Stéphane, 40 ans, demandeur d’emploi en phase de création d’entreprise
« Dans notre société, il semblerait que celui n’a pas les moyens de s’offrir tout ce qui est proposé, soit privé de « bonheur » ! Cette image du bonheur que nous renvoie la publicité par exemple… Pour ma part, pouvoir acheter facilement quelque chose de luxueux ne me rend pas spécialement heureux ! Car je pense que le bonheur revêt un aspect aussi bien matériel qu’immatériel. Être heureux, c’est aussi profiter de ceux que l’on aime, donner du temps à ses enfants. Bonheur et qualité de vie sont des paramètres qui vont bien ensemble, me semble-t-il. Passer beaucoup de temps à gagner de l’argent en négligeant la qualité de la vie ne me paraît pas satisfaisant.
Le fait d’avoir perdu mon travail m’a obligé à réduire mes besoins, à mesurer encore plus qu’avant mes dépenses. On fait avec les moyens qui sont les nôtres. Les aides financières dont je bénéficie et la situation stable de mon épouse permettent d’équilibrer la situation, j’en suis bien conscient. Pour autant, je n’ai pas le sentiment d’être moins heureux. Car j’envisage cette période comme une transition vers le projet professionnel que je constr
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ouest-france.fr
publié, le 06 Décembre 2009