Pourquoi tant de bons mathématiciens en France ?

Depuis la création de la prestigieuse distinction, en 1936, sur 52 lauréats, 11 Français ont été récompensés. Fotolia
Une génération talentueuse, un système de formation qui marche… Les clés de l’excellence mathématique française sont multiples. Reste à savoir si les lycéens d’aujourd’hui seront au rendez-vous demain.
« La France, terre de maths ? Ce n’est un secret pour personne. » La phrase est de Cédric Villani, 36 ans, lauréat, depuis le 19 août, de la médaille Fields, l’équivalent du prix Nobel en mathématiques. Les chiffres lui donnent raison. Cette année, il est -avec son confrère Ngo Bau Chau-, l’un des deux Français à figurer parmi les quatre primés.
Mais il y a mieux. Depuis la création de la prestigieuse distinction, en 1936, sur 52 lauréats, 11 Français ont été récompensés. La France trône au deuxième rang du palmarès, derrière les États-Unis (13 médailles) et devant la Russie (9).
« On donne leur chanceaux jeunes »
« Nous avons une génération de mathématiciens de 30-40 ans extrêmement brillante », estime Jean-Pierre Bourguignon, directeur de l’Institut des Hautes études scientifiques. Mais leurs performances sont aussi le fruit d’un système qui permet aux meilleurs de devenir, rapidement, chercheurs à plein temps. « On donne leur chance aux jeunes », résume Cédric Villani, embauché, à 27 ans, comme professeur à l’École normale supérieure de Lyon. « Personne n’aurait pris ce risque dans d’autres pays. »
« Les jeunes talents sont recrutés sur des postes permanents dans les centres de recherche et les universités. Cela leur permet d’engager des recherches à long terme, sans préoccupation pécuniaire », précise Guy Métivier, directeur de l’Institut des sciences mathématiques et de leurs interactions. « À Paris comme en province, nous disposons d’un réseau de laboratoires dense qui fait vivre environ 6 000 mathématiciens. »
L’excellence française, c’est aussi la formation de haut niveau qui commence dans les classes préparatoires. « On y fait nos gammes à la manière d’un pianiste », raconte Cédric Villani. Il garde un excellent souvenir de son passage au lycée Louis-le-Grand, à Paris. Viennent ensuite « les grandes écoles et l’université qui prend le relais pour les thèses », ajouite Bernard Helffer, président de la Société mathématique de France.
Mais il y a une ombre au tableau. « Les générations actuellement récompensées ont bénéficié de bases solides en mathématiques dans l’enseignement secondaire », note Jean-Pierre Bourguignon. Or, selon Martin Andler, mathématicien et professeur à l’université de Versailles Saint-Quentin, « les mathématiques ont beaucoup perdu au profit des sciences expérimentales. Et la réforme du lycée ne va pas y remédier. » L’avenir de la recherche mathématique française est, plus que jamais, une équation à plusieurs inconnues. « On n’a pas encore trouvé la solution miracle pour assurer la relève », reconnaît Cédric Villani.
[via Brabus] Anne-Claire Poignard, ouest-france