Une rentrée sous le signe de l’interrogation à tous les niveaux
La rentrée, c’est fait ! Mais les nouvelles réformes suscitent encore des questions, que les services de l’Éducation ont tenté d’expliquer toute la journée d’hier sur le terrain.
Il y a longtemps que la rentrée des classes n’a pas suscité autant de doutes. Seuls les élèves l’ont vécue comme une évidence. Quoique… Interrogés par l’inspecteur d’académie du Territoire de Belfort, hier au lycée Condorcet, sur leur ressenti concernant les enseignements d’exploration mis en place cette année dans la nouvelle seconde, cette jeune lycéenne n’a pas mâché ses mots : « Franchement, en troisième, j’ai trouvé super dur de choisir. J’ai coché certaines matières au hasard ».
Gabriel Lienhard, proviseur de ce lycée belfortain, qui compte cette année un peu plus de 1000 lycéens dont 325 secondes, réparties en dix classes, l’avait souligné quand il a présenté, un peu plus tôt, son organisation de la réforme au recteur Éric Martin : « La liste de nos enseignements d’exploration n’est pas figée, nous avons travaillé dans notre bassin pédagogique avec les autres lycées, et il est possible que nous complétions l’offre les prochaines années ». Le recteur avait mobilisé sa journée d’hier pour, de la maternelle au lycée, jusqu’à l’UTBM (lire ci-dessous), « regarder aujourd’hui la manière dont les cours s’organisent. Ce qui m’importe, c’est d’écouter ce que disent les acteurs de terrain ».
Chaque lycée a donc établi ses priorités pour la seconde, répondant toutes au vœu émis par le ministre Luc Chatel : « Répondre aux besoins de chaque élève ». Au lycée Condorcet, par exemple, l’accompagnement personnalisé correspond à une heure en classe entière avec le professeur principal, et une heure coupée en deux, en demi-groupe, avec deux professeurs. Le tout est inscrit dans l’emploi du temps des professeurs et des élèves. Soit « 15 à 17 élèves par groupe », calculent des enseignants, qui, s’ils ne contestent pas l’intérêt d’un tel dispositif, doutent de son efficacité avec autant d’élèves.
Innovations sur les langues
Condorcet, qui propose déjà une offre linguistique assez large, avec trois classes européennes et une section Abibac -la première de Franche-Comté-, a décidé d’innover dans les groupes de compétences en langues : « Sur la base du Cadre européen commun de référence pour les langues, on apportera à l’élève ce dont il a besoin », explique le proviseur. Les professeurs vont donc se charger, dès à présent, d’évaluer le niveau de chacun, et mettront en place des groupes qui évolueront au fil de l’année. « C’est une révolution culturelle pour les profs, et je ne le cache pas, ça n’a pas été facile au niveau organisationnel », indique Gabriel Lienhard. Autre nouveauté, le tutorat, effectué par des professeurs volontaires auprès d’élèves qui feront la demande « d’un conseil éclairé », dixit le proviseur. 16 profs sont candidats, reste à connaître le nombre d’élèves demandeurs.
Toujours en seconde, viendront, en cours d’année, les stages de remise à niveau, au besoin, pour éviter les redoublements, et les stages passerelle pour ceux qui voudront changer de filière en cours d’année.
Le recteur, après une visite auprès de secondes en italien, et de terminales en Abibac, et en version originale d’allemand, a rencontré une délégation de professeurs : « Il a botté en touche sur nos trois questions », lâche Éva Pedrocchi, professeur d’histoire-géographie, du Snes-FSU. La formation des enseignants, la répartition des heures, notamment dans l’accompagnement personnalisé, et la surcharge des effectifs par classe, « qu’on aurait voulu voir limiter vu le profil socio-économique particulier du Nord Franche-Comté. Le recteur, lui, dit qu’il fait son job et traitera toute la région avec égalité ». Les élèves, hier, étaient déjà dans le bain. Les adultes, eux, cherchent encore à comprendre les changements.
[via] Karine Frelin, lalsace.fr