France – Bac : « On ne cherche pas à piéger les candidats »
Pour cette session, 4 880 sujets ont été conçus et testés par des enseignants. Une professeure d’histoire-géographie de la Sarthe raconte ce long parcours effectué dans la plus grande discrétion.

France - Bac : Pour cette session, 4 880 sujets ont été conçus et testés par des enseignants, dans la plus grande discrétion.
Témoignage
Elle doit travailler dans le secret et préserver son anonymat, « pour éviter les fuites, mais aussi la pression des élèves, des parents et les remarques des collègues ».
« Tout commence par un coup de fil. L’inspecteur pédagogique régional m’a proposé de faire partie du groupe de préparation des sujets d’histoire-géo d’une série technologique. C’est plutôt flatteur, la preuve qu’on est considéré comme quelqu’un de sérieux. Ma mère ¯ la seule à qui je l’ai dit ¯ en a été fière.
« J’ai dit « oui » tout de suite, ça m’intéressait. Quand on enseigne depuis longtemps, on a envie de faire autre chose. Mais je n’imaginais pas que c’était autant de boulot ni que cela durerait autant. Si une commission tourne bien, le rectorat la garde. Il recontacte les participants, sauf ceux qui n’ont pas fait l’affaire… »
« On pèse chaque virgule »
« La première fois, on s’était réunis en septembre, une dizaine de profs de plusieurs départements, tous enseignants d’histoire-géo en série techno. C’est indispensable de connaître le niveau des élèves pour préparer des sujets. L’ambiance était très solennelle. L’inspecteur général nous a rappelé la discrétion obligatoire et l’importance de notre mission : préparer des sujets nationaux.
« J’avais consacré quinze jours de mes vacances à rédiger des questions, trouver des documents. Les sujets portent sur le programme de base. Il y a des thèmes sensibles : la décolonisation, les religions, etc. On sait que certaines communautés sont à l’affût de la moindre équivoque… Les cinq-six séances suivantes, chacun présente son sujet modifié et le soumet à la critique. On peut passer une heure pour trancher entre « espace » ou « zone » géographique. On pèse chaque virgule, chaque point d’interrogation. Tout doit être archi-clair, sans ambiguïté.
« On planche aussi sur les « attendus » qui seront remis aux correcteurs. C’est ce qu’on attend comme réponse basique. On évalue les « bonus » : tout ce que le candidat pourra ajouter. Dire que les exercices sont tous d’une difficulté équivalente serait utopique. Simplement, on essaie d’équilibrer les différents choix. On ne cherche pas à piéger les candidats. Un élève « normal », qui a vu son cours normalement, avec un prof « normal », doit pouvoir s’en tirer.
« Quand nous communiquons entre nous par mail, nous n’utilisons jamais les mots « sujets du bac ». Nous ne conservons aucun document chez nous. Et ceux dont on se sert lors des réunions sont passés à la déchiqueteuse.
« Je suis toujours curieuse de voir si « mon » sujet tombera au bac. Jamais notre inspecteur général n’a reçu de plainte ou de réclamation parce que l’un de nos sujets était trop difficile ou mal rédigé. Ça fait plaisir, c’est que l’on a bien travaillé. »
[via] Enquête : Laurence Picolo, ouest-france.fr