Les trois piliers d’un festival gratuit : bénévolat, partenariats et subventions
Au Festival international de musique universitaire (Fimu), pas de billetterie pour renflouer les caisses : la manifestation du week-end de la Pentecôte à Belfort est gratuite, ce qui contribue évidemment à son succès. Chaque année, le festival attire près de 80 000 spectateurs d’après les chiffres de la préfecture du Territoire.

Le matériel professionnel installé sur toutes les scènes du Fimu un est des principaux postes de dépense pour les organisateurs du festival. Photo archives Alexandre Marini
Autre chiffre à mettre en regard : le coût de l’opération, estimé à 530 000 €, dont 300 000 € maximum à la charge de la Ville de Belfort. « Trouvez-moi un autre événement populaire de cette qualité, sur trois jours, pour ce prix-là, défie Robert Belot, adjoint en charge de la culture. Le Fimu, ça tient du miracle. »
Sans les bénévoles, ça serait difficile
Premier élément d’explication à prendre en compte : les quelque 140 groupes à l’affiche ne touchent pas de cachet pour jouer à Belfort. Ils viennent du monde entier, mais ceux qui le peuvent payent leur voyage. « On peut être amené à financer le transport de ceux qui en font la demande, notamment les groupes des pays en émergence », précise Robert Belot.
L’hébergement des musiciens et de leurs accompagnateurs, principalement dans des hôtels, est pris en charge. La restauration est assurée par la cuisine centrale de la Ville, qui prend ses quartiers à l’Atria pendant tout le Fimu. « Environ 10 000 repas y sont servis, ce qui représente un poste de dépense très important », souligne l’adjoint à la culture.
Il faut aussi louer le matériel professionnel qui équipe les scènes et payer les entreprises de gardiennage qui les surveillent durant la nuit. Autre poste à prendre en compte dans le budget : le travail des services de la Ville (espaces verts, mise en place des barrières…) ou de la communauté d’agglomération (propreté).
Voilà pour les principales dépenses, maîtrisées grâce à un élément essentiel : la mobilisation des bénévoles. « Sans eux, ça serait difficile », constate Robert Belot. Durant le festival, environ 240 étudiants travaillent en régie, accompagnent les musiciens, se chargent de la communication… « Ce sont des postes opérationnels », insiste l’adjoint au maire.
C’est grâce au multifinancement qu’on peut assurer la gratuité du festival
Mais il ne faut pas oublier tout le travail réalisé en amont : des professeurs de conservatoire, par exemple, ont participé aux comités de présélection qui ont écouté les 535 groupes candidats à cette édition 2010 du Fimu. « Les rencontres chorales des enfants des écoles ont lieu parce que des enseignants encadrent les répétitions hors temps scolaire », poursuit Robert Belot.
Les organisateurs du festival peuvent donc compter sur le bénévolat, mais aussi sur de nombreux partenariats. Le coût de l’événement, 530 000 €, est financé à 40 % par des fonds non municipaux. Le conseil général du Territoire de Belfort, le conseil régional de Franche-Comté et la Direction régionale des Affaires culturelles figurent au rang des partenaires publics. « Il y a un phénomène d’appropriation collective du Fimu : les gens veulent en être. La preuve, le conseil général n’a pas baissé sa subvention. »
Côté privé, une douzaine d’entreprises sont de la partie. Apports en nature, subventions ou encore prise en charge d’un groupe ou d’une prestation en particulier : chacune agit selon sa sensibilité. Ainsi, par exemple, GE Energy finance les trois « podiums engagés » destinés à améliorer le confort des personnes à mobilité réduite. « C’est comme ça, grâce au multifinancement, qu’on peut assurer la gratuité du festival », conclut Robert Belot.
Guillaume Minaux
Dans la colonne « recettes »
Pour l’aider à équilibrer le budget du Fimu, la Ville de Belfort peut compter sur diverses recettes générées par le festival. Les commerçants non-sédentaires et les brasseurs qui s’installent au cœur du festival pendant trois jours paient leur emplacement. Le coût d’un stand, en fonction de sa taille et de ce qui y est vendu : entre 250 et 4000€. « On ne sait pas ce qu’ils gagnent pendant le Fimu, mais on a beaucoup plus de candidats que de places, constate Robert Belot. On essaie de veiller à la qualité des produits comme aux prix pratiqués. Il y a deux ans, on a constaté des abus. Les commerçants en question ne sont pas revenus. Il faut qu’ils respectent une certaine éthique : ils ne doivent pas être là pour assommer les gens. »
Les cafetiers et restaurateurs de la vieille ville peuvent aussi bénéficier d’une extension de terrasse, payante et soumise à autorisation de la Ville. Autre rentrée d’argent, celle liée à la vente de produits dérivés : tee-shirts, casquettes, parapluies, posters, cartes postales…
En ce qui concerne les retombées économiques pour les commerçants belfortains, difficile de donner des chiffres. « Aucune étude précise sur le sujet n’existe », indique Robert Belot. Une chose est sûre : l’afflux de visiteurs que génère le Fimu ne peut être que profitable aux bars et aux restaurants belfortains. Et avec l’hébergement des groupes, ce sont les hôteliers de toute l’Aire urbaine qui se frottent les mains.
[via] (belga), lesoir.be