Ces villages de France plus beaux d’année en année
Si vous avez un faible pour les places fortes, si les vieilles pierres ne vous laissent pas de marbre, alors, ils sont pour vous : Moncontour et Sainte-Suzanne. L’un dans les Côtes-d’Armor, l’autre aux confins de la Mayenne et de la Sarthe. Ils viennent d’être classés « plus beaux villages de France » et rejoignent une liste de 154 petites cités dont la découverte est un enchantement. Suivez le guide…

Aux confins de la Sarthe et de la Mayenne, Sainte-Suzanne domine de ses remparts la rivière l'Erve. Son donjon, son château, ses vieilles maisons et son musée témoignent de la richesse de son passé historique. Philippe Chérel
Il s’appelait César de Vendôme et était le fruit des amours illégitimes, mais ô combien délicieuses, d’Henri IV et de la belle Gabrielle d’Estrées. Un comploteur le César : son demi-frère, Louis XIII, le fit emprisonner après qu’il eût trempé dans une énième intrigue. Pire : en 1626, pour le punir d’une nouvelle friponnerie, il ordonna la démolition de la citadelle de Moncontour, dont l’incontrôlable bâtard était le seigneur. Que vaut le dur granit breton contre la volonté d’un prince…
Des fortifications élevées au XIe siècle pour protéger le duché de Lamballe, il ne reste que des vestiges. À vrai dire, le temps davantage que la pioche des démolisseurs est venu à bout des murailles de Moncontour. Subsistent le bas des remparts, les restes d’une barbacane ¯ petit ouvrage fortifié situé à un angle d’une tour et des portes qui donnaient accès à cette place forte, maintes fois prise par la soldatesque au cours des siècles.
Son intérêt militaire ayant disparu, Moncontour se tourna au XVIIe siècle vers le commerce. Elle devint une prospère cité de 3 000 âmes, connue pour sa production de berlinge, une toile de lin utilisée pour la fabrication de vêtements de travail et exportée jusqu’en Espagne et dans les Flandres.
Passé tourmenté
À 150 km de là, en Mayenne, Sainte-Suzanne est un autre exemple de ce que l’architecture militaire peut léguer aux amateurs de vieilles pierres. Les Alpes mancelles ne sont pas loin. Cela se sent dans le relief vallonné de cette région des Coévrons où le mont Rochard fait le fanfaron du haut de se 357 m.
Ici aussi, les murailles datent du XIe siècle. Mais celles-là ont résisté au temps comme à la guerre. Guillaume le Conquérant, qui n’était pas le premier envahisseur venu, tenta mais en vain de s’en emparer. Il paraît que les petits Anglais apprennent cela dans les manuels d’histoire : Sainte-Suzanne ou comment le Normand, pour une fois, se cassa les dents. Funny !
Comme Moncontour, la ville de garnison se tourna vers le commerce quand elle cessa d’être place forte. Les moulins à eau pullulaient alentour. Ils fabriquaient de la pâte à papier. Elle devint réputée pour sa production de cartes à jouer.
Du passé tourmenté de ces villages-musées, il subsiste moultes traces où le promeneur aura besoin d’une après-midi pour tout voir s’il veut prendre son temps. À Moncontour, une plaque rappelle la mort, en ces lieux, de Bras-de-Fer, compagnon d’armes d’Henri IV, sottement blessé au siège de Lamballe (il ôte son casque pour mieux voir les lignes ennemies et se prend un pruneau).
On lève le nez et voici des oriflammes, des enseignes à la façon de l’ancien temps, annonçant l’activité du maître de céans, pâtissier, restaurateur, architecte ou aubergiste. Et puis, bien sûr, les anciennes fortifications, surtout à Sainte-Suzanne où un gros morceau de l’antique donjon est toujours debout. Les rues étroites et pentues qui, tout à coup, débouchent sur un alignement d’hôtels particuliers ou une cour ombragée de tilleuls qui sera comme une invitation à une pause rafraîchissante.
[via] Marc Mahuzier, ouest-france.fr