France – 600 000 foyers ont choisi d’être « sans télé »

Ils ont préféré l’abstinence : pas de téléviseur à la maison. Pourquoi ? Comment ? Le sociologue angevin Bertrand Bergier a rencontré ces citoyens « pas très cathodiques ».
Qui sont-ils ?
Ils sont un million et demi (600 000 foyers) d’irréductibles que Bertrand Bergier classe en trois tribus.:
• Les « héritiers », 13 % du total.
• Leurs parents n’avaient pas de télé ; eux, pareil.
• Beaucoup sont âgés de 55 ans et plus.
• Les « intermittents », 17 %. Ils l’ont, ne l’ont plus, la reprennent.
• Ils se recrutent parmi les 35-55 ans.
• Enfants, ils ont vécu l’arrivée du petit écran.
• Certains foyers en étaient équipés, d’autres pas.
• « Leur vie d’adulte fait écho à cela. »
• Les « réfractaires », 70 % des télé abstinents.
• Ils ont été élevés avec et ont fait le choix de ne plus l’avoir.
Quel profil ?
L’ascète télévisuel est d’abord un enseignant. « Chez eux, l’abjuration cathodique est presque un devoir professionnel », dit joliment Bertrand Bergier. Viennent ensuite les métiers de la santé, les travailleurs sociaux, le monde de l’information et de la culture. 75 % sont diplômés de l’enseignement supérieur.
Pour quelles raisons ?
• Pour les « sociopolitiques », il s’agit d’« un acte de résistance ». Aux forces de l’argent, au pouvoir politique qui, forcément, contrôlent les médias audiovisuels, estiment les gens de gauche. Ceux de droite « résistent » à la décadence culturelle, à l’exposition de la violence et du sexe dans les programmes.
• Pour les partisans du « vivre ensemble familial », cela signifie la fin d’interminables négociations avec les enfants pour choisir la bonne chaîne, décider quand éteindre le poste. À raison de trois heures par jour (moyenne nationale), le petit écran dévore le temps, au détriment des sorties au cinéma, des soirées jeux de société. Ou, tout bêtement, des discussions parents-enfants.
• Les « ex-accros » refusent la petite lucarne parce qu’ils l’aiment trop. Ils ont éprouvé son terrible pouvoir de séduction, la dépendance qui peut naître. Pas de demi-mesure : plus un seul verre, comme l’alcoolique repenti.
• Les « sans arguments », âgés souvent de 25 à 35 ans, ont grandi avec la télé, mais s’en sont écartés, par exemple pendant leurs études. Pas de grief particulier, plutôt un manque d’intérêt. Ils se sont tournés vers l’ordinateur. Car la vie sans télé, ce n’est pas la vie sans écran. 90 % sont équipés d’Internet, nettement plus que la moyenne nationale.
Quels bénéfices ?
L’abstinent lit beaucoup : un livre dans la semaine, ont déclaré les 566 ménages rencontrés par le professeur Bergier. Plus de 50 % sont abonnés à une bibliothèque. Leur progéniture se signale par de bons résultats scolaires. Mais, en tant qu’enfants d’enseignants ou de médecins, ils font statistiquement partie des élèves qui réussissent le mieux.
Et l’entourage ?
Si les ados acceptent assez bien de s’en passer (merci Internet !), les 8-10 ans trouvent que cela les met sur la touche dans les conversations, à la récré. Ils sont les plus remontés. Pour les parents, annoncer que « Nous, on n’a pas la télé », est plutôt valorisant. Leurs interlocuteurs sont étonnés : « Qu’est-ce que vous faites de vos soirées ? Et les enfants ? » Ils sont admiratifs ou critiques : « Quand même, on n’est plus au temps de Cro-Magnon ! »
[via] Marc Mahuzier, ouest-france.fr