La chanson change, les Francofolies aussi
« La chanson française est dans le creux de la vague, grimace Kevin Douvillez, co-programmateur des Francofolies de La Rochelle, le festival de la chanson francophone, qui démarre aujourd’hui. Les artistes de notre scène Découvertes (les chantiers des Francos) ont tous entre 27 et 35 ans. Les créateurs de moins de 25 ans s’orientent plus vers l’électro ou l’écriture en anglais… »

Les Francofolies de La Rochelle débutent ce mardi avec notamment Phoenix et Diam's. Reuters
La poussée de l’électro, la bonne santé de la pop et le retour du folk ont tout changé. Les succès de Justice, The Do, Yael Naim ont donné des idées aux petits frenchies, qui se sont mis à chanter en anglais de manière bien moins ridicule que leurs aînés. Des groupes comme Revolver, Gush, Phoenix ou Pony Pony Run Run additionnent aujourd’hui les concerts. Alors, les Francofolies ont ouvert un nouveau lieu, une scène « Not Ze Francos », qui accueille une majorité d’artistes français s’exprimant dans la langue de Shakespeare. Succès garanti !
Alain Artaud, patron du label Polydor, ne souscrit pas à la thèse d’une scène francophone moribonde : « Ce que je remarque, c’est qu’il n’y a plus de mouvement clair comme la ‘nouvelle scène française’ (Bénabar, Camille, Raphael…). C’est beaucoup plus diffus. Il y a, par contre, un nouveau courant qui chante en anglais. Mais aussi, pour relativiser, des artistes qui font aujourd’hui de la chanson en venant d’ailleurs. »
Le phénomène Zaz
Il cite Féfé (ancien rappeur avec Saïan Supa Crew), Babet (en pause de Dionysos) ou Gaëtan Roussel (Louise Attaque). Tous sont présents aux Francofolies, qui veut rester un miroir de l’actualité musicale francophone. En jonglant sur les nouveaux courants, mais aussi sur les valeurs sûres. Diam’s, M, Souchon, Dutronc seront sur la grande scène. « Mais il est de moins en moins facile de trouver des artistes français qui réunissent un large public, s’inquiète Gérard Pont, directeur des Francofolies. Notre jeu est de garder notre identité sans être en désaccord avec les spectateurs. » Et de programmer des artistes avant même qu’ils ne décollent. C’est le cas de la chanteuse Zaz, qui a reçu un accompagnement artistique du festival cette année. Puis est devenue le phénomène discographique de l’été. « Il y a toujours la place pour ce genre de succès inattendu », explique Alain Artaud.
On l’a compris, la chanson française se cherche d’autres formes. « J’ai l’impression que la dimension cabaret est dans l’air du temps », lance Kevin Douvillez. C’est ce que montrera la scène du Casino Barrière. Avec notamment les Nantais de Sexy Sushi. « Une nouvelle expression qui exprime son ras-le-bol de notre société de consommation, mais en s’amusant et en provoquant… »
[via] ouest-france.fr