Un élevage de vaches produit de l’électricité pour tout un village suisse
À Courtedoux, non loin de Porrentruy en Suisse, un agriculteur, grâce à une installation de production de biogaz, fabrique du courant électrique pour 400 foyers, soit la totalité des habitants du village.

Michel Roy devant une machine : la fabrication d’électricité à partir de cellules photovoltaïques est jumelée à la production de biogaz. Photo Jean Becker
Élever des bovins et produire de l’électricité propre, tout en traitant les déchets verts de la commune: c’est le pari fou de deux agriculteurs suisses, Michel et Philippe Roy, domiciliés à Courtedoux, à une poignée de kilomètres de Porrentruy.
Et deux ans après l’inauguration de cette station de production de biogaz, le défi est relevé et les objectifs sont plus que prometteurs. Les cousins Roy possèdent une exploitation de 85 hectares répartie sur deux sites distants d’environ deux kilomètres. Le premier bâtiment, situé à côté de la maison familiale, accueille 70 vaches laitières ; l’autre, en face de l’aérodrome de Porrentruy, abrite 70 jeunes bovins destinés à la viande.
La famille Roy s’intéresse au biogaz depuis les années 1990. « Mais le chemin pour arriver jusqu’à l’installation de production de gaz de méthane à partir du lisier des animaux a été long, explique Michel Roy. En 1992, nous recevons un courrier dans lequel la Confédération helvétique recherche des fermes pilotes pour étudier les possibilités de production de biogaz. Mais nous sommes trop loin des centres de recherche et, du coup, notre établissement n’est pas retenu pour cette expérience ».
Mais la réponse négative des autorités ne décourage pas les cousins Roy. À la fin des années 1990, les deux agriculteurs ont un nouveau projet, celui de construire une unité de sevrage de porcelets et de coupler cette exploitation à une production de biogaz. « Mais c’est une véritable levée de boucliers du voisinage, qui craint notamment les odeurs, précise Michel Roy. Nous abandonnons le projet de porcherie et nous profitons d’une demande de la Ville de Porrentruy qui cherche à implanter une structure pour créer une aire de compostage. »
Permis de construire
Finalement, les agriculteurs proposent un nouveau projet avec un élevage extensif de génisses, la construction d’une plateforme de compostage pour les déchets verts et une installation de 500 m² de cellules photovoltaïques sur le toit du bâtiment. Et là, plus d’opposition.
Tout au long de leur réflexion, les motivations des deux agriculteurs par rapport au biogaz étaient de valoriser les éléments fertilisant des engrais de ferme, de réduire les odeurs lors de l’épandage et d’apporter une solution de traitement durable et fiable aux déchets organiques des communes environnantes. Et finalement, en juillet 2007, ils obtiennent le permis de construire.
C’est la première installation en Suisse où une production d’électricité à partir de cellules photovoltaïques est jumelée à une production de biogaz.
Aujourd’hui, le lisier des bovins est directement acheminé dans une préfosse de 1 000 m 3, puis le lisier part dans un digesteur et un post-fermenteur de 1 000 m 3 chacun. Le méthane produit permet d’alimenter un moteur jumelé à une génératrice qui fabrique de l’électricité. Le courant fournit part directement sur le réseau, qui alimentent les foyers du village. « Nous avions prévus de produire, avec le biogaz, 900 000 kW/h. En 2009, nous avons produit 1 200 000 kW/h soit la consommation de 400 ménages, qui correspond à la population de Courtedoux. L’électricité fournit par les cellules photovoltaïques est de 50 000 kW/h, ce qui permet d’alimenter 35 ménages supplémentaires ».
La chaleur produite par le moteur est utilisée pour maintenir la température du digesteur et assure le chauffage de la salle de conférence. « Mais nous pourrions chauffer tout un lotissement. Malheureusement, les premières maisons sont à 900 m. Mais nous ne désespérons pas de trouver des débouchés avec cette chaleur qui n’est pas encore utilisée », note Michel Roy.
[via] Jean Becker, lalsace.fr