France – Femme, plus de 45 ans, recherche emploi…
En quête d’un travail, elles cumulent les difficultés. C’est le cas de Jeanne, seule avec ses trois enfants, pourtant diplômée et issue d’un milieu plutôt privilégié. Une association les accompagne.

Pas facile de revenir dans le monde du travail passé un certain âge... Illustration Joël Le Gall
On l’appellera Jeanne. C’est elle qui a choisi ce prénom d’emprunt, qui est celui de la première avocate française, Jeanne Chauvin.
Divorcée depuis trois ans, ex-femme de militaire, issue d’un milieu plutôt privilégié, Jeanne, donc, est en quête d’un travail. Elle a 48 ans, mais elle a pris l’habitude d’en annoncer 42. « Partout, dans mes CV, aux entretiens, explique-t-elle. 48 ans, c’est mauvais ». Mauvais pour retrouver un travail. « J’ai vu les annonces. Je sais qu’avant 25 ans et après 45 ans, on n’intéresse pas. Alors qu’il me reste vingt-cinq ans à travailler », dit calmement cette Morbihanaise.
Jeanne a aussi trois enfants. Le dernier a 8 ans. « Mais je dis que j’ai trois grands enfants, pour dire qu’ils sont autonomes ». Pour rassurer le potentiel employeur sur sa disponibilité.
« Il ne fallait pas arrêter de travailler »
Dentiste de formation, elle n’a exercé que quelques années avant de se marier, de faire des enfants et d’entamer une vie nomade de femme de militaire. Douze déménagements en seize ans, vie en caserne. Son mari a fait une belle carrière. Elle, un peu atypique parmi les femmes de militaires, a occupé, occasionnellement, des emplois d’enseignement, dans la prévention dentaire ou en entreprise.
« Il ne fallait pas arrêter de travailler », lui a-t-on reproché un jour à Pôle emploi. La petite phrase l’a griffée, même si elle en est bien convaincue aujourd’hui : « Il faut rester absolument autonome. Je le dis à ma fille : pas femme au foyer dans la société d’aujourd’hui ». Elle le répéterait bien à toutes les femmes.
Fragilisée par un divorce chaotique qu’elle n’a, dit-elle, « pas choisi », et que trahit une parole fleuve malgré son grand calme, elle bataille, digne, pour élever ses enfants, avec ses 1 800 € par mois de pension, dont 750 € de loyer. Pas une misère, mais son équilibre lui semble parfois instable.
Heureusement, dit-elle, sa vie de déménagements les a rendus, elle et ses enfants, « adaptables ». Il a fallu l’être quand elle a débarqué avec eux dans l’Ouest pour refaire sa vie, « sans revenu, sans réseau ». Aujourd’hui, la gagner avec un travail à elle la mobilise entièrement.
Pour l’heure, elle a repris des études d’infirmière entamées il y a quatre ans, avant le divorce, tout en poursuivant ses recherches, dans le médical notamment. Suivre une formation « donne un peu plus envie de se lever le matin plutôt que d’attendre un hypothétique coup de fil ». Elle a cherché des « réseaux », notamment via l’association Force femmes (lire ci-dessous). Fait ce qu’elle « trouvait, par exemple garde-malade dans un centre pour handicapés ».
« Une société où tout est jetable »
Mais la crise ne facilite pas sa tâche. Elle trouve qu’à son âge, « on a une adaptabilité, un recul, un raisonnement qu’un jeune de 25 ans n’aurait peut-être pas ». Elle a parfois senti que son bac + 5 la desservait plus qu’il ne l’aidait. Trop diplômée, trop chère. « Et puis, comme j’ai touché un peu à tout, je vois bien qu’on ne sait pas dans quelle case me mettre. »
Sans que l’on sache si elle évoque vie professionnelle ou vie intime, Jeanne déplore une société où « tout est jetable ». Et pose un regard inquiet sur un monde où « l’on est mal dans le travail et mal sans travail ».
Elle « veut reprendre pied socialement » parce que, pour l’instant, « je suis un peu à côté », dit-elle doucement. « Je n’ai pas d’étiquette sociale. »
[via] Carine JANIN, ouest-france.fr