Nuage islandais. Fallait-il vraiment paralyser le ciel européen ?
Alors que le trafic aérien revient à la normale, une question se pose : fallait-il vraiment paralyserle ciel européen ? Premiers décryptages de la crise.

Photo : AFP
La semaine prochaine, les autorités européennes réuniront à Bruxelles les meilleurs spécialistes de l’étude de l’atmosphère. Car il y a un mystère dans cette histoire du nuage islandais. Après avoir strictement appliqué le principe de précaution, on s’est aperçu que ces cendres volcaniques, fortement dispersées, étaient finalement moins dangereuses que prévu pour les long-courriers.
Les vols tests effectués par les compagnies l’ont montré. Alors, défaut de moyens d’analyse ? De vigilance ? Manque de réactivité et de coordination des gouvernements ?
Des satellites aveugles.
L’UE dispose sans doute des meilleurs satellites météo au monde, mais leurs radars ne sont pas en mesure d’analyser la composition d’un nuage volcanique. Il faut pour cela disposer d’engins optiques opérant dans l’infrarouge, ou d’un radar laser, le Lidar. Il équipe certains aéroports américains. Ce Lidar est capable d’analyser précisément, de 1 000 à 15 000 mètres, la présence et la densité de particules dans les nuages. Il est très utilisé par les climatologues, notamment pour l’étude des aérosols dans l’atmosphère, mais pas étalonné pour les particules volcaniques.
Des chercheurs sur le pont.
À Palaiseau, sur le campus de l’École Polytechnique, les chercheurs du Laboratoire de météorologie dynamique se sont mobilisés, en fin de semaine dernière, afin de décortiquer le péril islandais. De leur propre initiative, ils ont étalonné leur Lidar pour qu’il mesure la densité de particules volcaniques. La ministre de la Recherche a tenu à les féliciter hier. Mais, comme l’a rappelé le directeur du centre, le climatologue Hervé Le Treut, « nous n’étions pas en capacité de réagir dans l’instant. Centre de recherche, nous n’avons pas de vocation opérationnelle. »
Une vigie préopérationnelle.
Face aux risques en tout genre (catastrophes naturelles, menaces militaires ou terroristes), l’Europe spatiale s’est dotée d’un système d’observation avec satellites, le GMES (Global monitoring for environnement and security). Adopté en 1998, il est seulement en situation « préopérationnelle ». Il a publié, lundi, une première carte de la composition du nuage, qui confirmait sa faible densité. Mieux vaut tard que jamais… Au même moment, Météo France effectuait un premier vol d’analyse.
L’Europe en défaut.
Un tel nuage volcanique recouvrant l’Europe est une situation inédite. Mais pas imprévisible. La gestion du risque s’est avérée anarchique. Les compagnies aériennes ont été les premières à tenter d’analyser la composition du nuage. Aucun moyen radar, au sol ou en vol, n’a été réquisitionné par les autorités. Ce qui laisse pantois. Aujourd’hui, l’idée d’un ciel unique européen est relancée. Un comité scientifique européen va se créer rapidement. Les leçons de cette crise vont être tirées. Mais à quel prix !
[via] Bernard Le Solleu, ouest-france.fr
publié, le Vendredi 23 Avril 2010