Les maisons de retraite sont de plus en plus chères
Le coût moyen de l’hébergement est de 2 200 € par mois. Les familles tapent dans leur patrimoine, essayent de décrocher des aides. C’est de plus en plus difficile.

En France, environ 10 000 maisons de retraite accueillent près de 700 000 personnes âgées. Stéphane Geufroi
Il est 17 h. L’heure pour la douce Juliette, 85 ans, de regagner sa chambre à deux lits de la maison de retraite de Montebourg, dans la Manche. « Le midi, je mange en salle. Le soir, dans ma chambre ».
Gilberte, sa fille unique de 59 ans, est venue passer l’après-midi avec elle. Son sourire cache mal son inquiétude. « Avec sa maigre retraite, il lui manque 300 € par mois. Maman a bossé toute sa vie. Elle a quand même droit à un minimum de dignité ! »
Vendre le patrimoine
Depuis deux ans, Gilberte – en invalidité après un accident du travail – paie le complément. « Mais j’arrive en fin de droits. Jeune retraité, mon mari a perdu 46 % de son salaire. Vendre notre maison reste la seule solution pour nous en sortir. »
Avec 1 300 € par mois à la charge des résidants, Montebourg est pourtant au bas de l’échelle des tarifs, vu l’état de vétusté du bâtiment. Un établissement flambant neuf de 90 lits est prévu pour 2012. Conséquence : une hausse de 16 € par jour, 500 € par mois. « Je ne sais pas comment on fera. La dépendance des personnes âgées, c’est un problème dont la société n’a pas pris conscience », répète Gilberte.
En France, environ 10 000 maisons de retraite accueillent près de 700 000 personnes âgées. À Montebourg comme ailleurs, souvent la même équation à résoudre : comment payer un coût d’hébergement moyen de 2 200 € par mois avec une pension d’un millier d’euros que touche, en moyenne, une retraitée.
Comment joindre les deux bouts ? « Les familles tapent de plus en plus dans le patrimoine. On vend les bijoux de famille. C’est de la retraite par capitalisation, constate Philippe Pesnel, directeur de la maison de retraite de Montebourg. C’est d’autant plus problématique que les enfants des nouveaux arrivants sont déjà à la retraite. Bien souvent, ces derniers se retrouvent à aider leurs parents et leurs propres enfants. »
Les budgets bloqués
Fait nouveau, le recours au juge des affaires familiales pour régler des différends familiaux. « Nous avons trois dossiers au tribunal de Cherbourg, constate Philippe Pesnel. Le juge se substitue à l’entente familiale d’autrefois. Les solidarités sont devenues fragiles. » Dernier recours, l’aide sociale. « Une personne sur cinq aujourd’hui. Le nombre de dossiers ne peut qu’augmenter. »
Au-delà des aspects financiers, l’équipe de Montebourg met d’abord en avant les conditions d’accueil, l’image de la personne. « Or, remarque Philippe Pesnel, par ailleurs président de l’Association des directeurs de la Manche, je sens que nos budgets vont se faire tondre avec les projets de réforme territoriale et fiscale. Pour le budget 2010, le conseil général de la Manche, qui fixe nos tarifs, nous demande 0 % de croissance des dépenses, excepté le personnel. »
[ via l’article original ]
Jean-Jacques Leroisier, ouest-france.fr
publié, le 03 Février 2010