Faut-il imposer des boursiers aux grandes écoles ?
« Pas question d’accueillir 30% d’étudiants boursiers dans chacun de nos établissements » : la Conférence des grandes écoles n’en démord pas. Stupeur et colère dans la communauté universitaire.

Le gouvernement veut augmenter le nombre de boursiers dans les grandes écoles, ici l'école supérieurede commerce de Bordeaux. Archives AFP
« Il n’y a pas assez d’ouverture sociale dans le recrutement », a déploré, hier, Valérie Pécresse. La ministre de l’Enseignement supérieur a interpellé les grandes écoles: « Soyez volontaristes, n’ayez pas peur de faire évoluer les méthodes de recrutement pour accueillir davantage de boursiers. » Les chiffres sont éloquents: 5 % d’enfants d’ouvriers en classes préparatoires et, ensuite dans les grandes écoles, peu de boursiers dans les rangs (12,3 % à HEC ou à l’Essec, 23 % dans les écoles d’ingénieurs…). Le gouvernement souhaite que cette proportion atteigne 30 %.
« Non aux quotas » : la Conférence des grandes écoles estime que l’arrivée d’élèves issus de milieux défavorisés « amènerait inévitablement une baisse du niveau moyen ». Elle l’avait écrit, le 23 décembre. Elle l’a répété hier. D’accord pour 30 % « dans l’ensemble des grandes écoles françaises », mais pas question d’appliquer cette règle dans chaque établissement.
Bourses : le plafond a été relevé
« Nos écoles sont différentes », plaide Pierre Aliphat, ex-directeur de l’Esiea (École supérieure d’informatique) et délégué général de la CGE. « Il faut absolument sélectionner les étudiants sur des critères de compétence qui vont les conduire au succès et pas sur un critère annexe. Tout en ayant complètement la conviction que les grandes écoles doivent accueillir davantage de boursiers globalement. »
En classes prépa, les boursiers atteignent 30 %. En partie parce que, l’an dernier, le plafond de revenu parental annuel a été relevé : il est passé de27 000 à 32 440 €. La CGE campe sur ses positions et défend ses « grosses têtes », mais elle fait des gestes et le fait savoir : à HEC, les boursiers ne paient plus de frais de scolarité et « Les cordées de la réussite » aident les jeunes en difficulté.
La position de la CGE a été jugée « profondément choquante » par Luc Chatel, ministre de l’Éducation. Et « scandaleuse », par l’organisation étudiante Unef : « Elle traduit un sentiment d’autodéfense d’une élite » qui fonctionne « en vase clos ».
Proviseur du très sélect lycéeHenri-IV, Patrice Corre propose, lui, de réaménager les concours, notamment « les épreuves de langues vivantes, très discriminantes », et de « donner plus d’importance à l’évaluation de la personnalité des élèves ».
[ via l’article d’origine ]
ouest-france.fr
publié, le 06 Janvier 2010