Ludivine Sagnier : « Dur d’être une tueuse »
La comédienne est à l’affiche de Crime d’amour d’Alain Corneau, où elle joue une femme d’affaires torturée et introvertie. Un rôle comme Ludivine Sagnier les aime : plein de défis.

Ludivine Saignier vit ses rôles, qu'elle voit comme un moyen « d'explorer l'âme humaine ».
Entretien
Dans Crime d’amour, vous êtes une femme d’affaires. Un vrai rôle de composition ?
Oh oui, parce que le monde des affaires m’est totalement étranger. Le personnage d’Isabelle Guérin, l’héroine, aussi. Elle est introvertie, enfermée dans la monomanie du travail. Elle n’est pas dans le plaisir de la vie, ce qui n’est pas du tout mon cas. Je suis plutôt du genre bon vivant, expressive et entourée. On a tourné beaucoup de scènes dans le quartier de La Défense à Paris, c’était impressionnant. Évidemment cet univers reste un fantasme, parce qu’on est toujours attiré par ce qu’on n’a pas. En même temps, être enfermé derrière ces baies vitrées qui ne s’ouvrent pas, ça a quelque chose d’aliénant. C’est comme une cage dorée.
Une cage qui fait de vous une tueuse…
J’avais déjà tué dans Swimming pool. Mais là, c’était dur, c’était dès le deuxième jour de tournage. Pauvre Kristin Scott Thomas ! Il fallait que je la traîne par terre, sur des matelas tâchés de sang. C’était très technique. Sur le coup, quand même, j’ai eu peur de lui faire mal.
C’est un personnage que vous avez quitté sans regret ?
Elle est tellement seule et emberlificotée dans son mensonge que j’ai eu presque du soulagement de la quitter. Son angoisse et sa solitude me pesaient beaucoup. On est obligé d’embrasser son personnage, quel qu’il soit. S’identifier, et donc ne pas juger. On finit par être un peu schizo. Mais je n’ai pas cherché quelque chose qui me rapproche d’elle. Au contraire, je m’amusais à jouer l’inverse de moi. Au fil du temps, j’ai appris à me préserver. Je ne suis pas là pour me faire du mal, je le sais par expérience. Je commence à avoir un peu de bouteille…
Tout est relatif…
Bon, je n’ai que 30 ans. 31, même. Mais j’ai l’impression de faire une carrière assez variée. J’élargis petit à petit mon champ de vision. J’ai envie d’explorer l’âme humaine dans ses moindres recoins et j’en ai encore pas mal à découvrir, tant mieux. Je choisis des films qui me mettent face à un défi que je dois surmonter, que je ne connais pas, alors que souvent on me propose des choses que j’ai déjà faites. Je n’aime pas l’idée de rentrer dans un système. J’ai besoin de me laisser surprendre. De commencer un film en me disant : « Comment je vais faire ? Je n’y arriverai pas ». C’est ça le plaisir. J’aimerais beaucoup tourner avec Haneke. J’avoue que c’est un peu mon idéal. J’ai été tellement bouleversée par Le ruban blanc. Une vraie claque. Pour moi, il a détrôné Bresson.
Les choses qui durent,ça vous angoisse ?
Évidemment, on a tous des angoisses. Il ne manquerait plus que ça ! On a peur d’être oublié. Pourtant, à deux reprises je me suis arrêtée, j’ai eu deux petites filles, et je n’ai jamais autant tourné qu’après ça. C’est important de privilégier la vie. On en sort plus fort ensuite pour retrouver le cinéma. L’expérience m’aide, et ça va dans les deux sens. Quand vous rentrez le soir après une journée où vous avez tué quelqu’un, subi un interrogatoire de police, fait de la prison et que vos deux chéries vous disent « Maman, un câlin ! », ça permet de relativiser. Et d’évacuer !
[via] ouest-france.fr